L'exposition « L'île aux lignes » à la galerie La Box, à Bourges, s'inscrit dans un cycle composé de trois expositions, de rencontres et d'un espace de recherches. Ce programme intitulé « Souvenir de Mwene Mutapa » est consacré à l'art non occidental, qui fut pendant longtemps délaissé par le marché de l'art mais suscite aujourd'hui un intérêt particulier.

La puissance de l'art non occidental

L'exposition, comme les deux autres volets qui lui succéderont, puise ses oeuvres dans la collection Famille Servais. Réunie au cours des vingt dernières années par le collectionneur Alain Seravais, celle-ci comporte plusieurs centaines d'oeuvres d'art contemporain. Elle est caractérisée par une inclination vers l'art non occidental, dans lequel Alain Seravais reconnaît une puissance et un sens qu'aurait perdu l'art occidental, trop tourné vers lui-même et installé dans un certain confort.

Le titre de l'exposition, « L'île aux lignes », fait allusion à des lignes de diverses natures. Une de ces lignes est formée par la route qui sépare l'Algérie et l'enclave espagnole de Melilla au Maroc. Chaque jour, des migrants souhaitant atteindre l'Europe empruntent cette route.

La vidéo intitulée Cayuco, du Colombien Marcos Avila Forero suit le parcours d'un cayuco, un bateau de pêche traditionnel du Sénégal qui est souvent utilisé pour tenter de traverser la mer Méditerranée. Reproduite en plâtre, l'embarcation est tirée sur l'asphalte pendant plusieurs jours et s'use peu à peu jusqu'à disparaître et ne plus laisser qu'une mince traînée de poudre sur le sol.

Des lignes de toutes natures : frontière, route de migration, tracé du voyage

Dans l'oeuvre du Brésilien Paulo Nazareth, la ligne se dessine en pointillés. Elle est tracée par le périple entrepris à pied par l'artiste du Brésil à New York. Une aventure de plus de six mois dont il tire une oeuvre multidisciplinaire, entre performance, photographie et vidéo, reflet des réalités et des multiples identités des pays du continent américain.

Les lignes, chez l"artiste franco-algérien Fayçal Baghriche, sont brouillées, notamment celles qui séparent les pays et renforcent les identités nationales. La sculpture intitulée Souvenir est un globe terrestre lumineux lancé dans une si rapide rotation sur lui-même que l"on ne discerne plus aucun repère géographique, ni pays, ni continent, ni océan. Ainsi s"ouvre la possibilité d'imaginer de nouvelles lignes de démarcation, au-delà des entités nationales.