Philippe Caurant

21 Jan – 07 Mar. 2010

«(…) la peinture de Caurant succède à la modernité de façon imprévisible et inattendue. »


Denys Zacharopoulos, Nuits d’été ou la révolution de la lumière en peinture, 2006


Pour inaugurer sa programmation 2010, la galerie Poggi & Bertoux / Objet de production accueille à Paris la troisième étape d’une exposition de Philippe Caurant à laquelle se sont associées plusieurs institutions. Présentée dans un premier temps à Nantes, où le RING, artothèque de Nantes, et la galerie RDV ont organisé conjointement deux expo­sitions de l’artiste au printemps 2009, l’exposition parisienne réunira du 21 janvier au 7 mars une douzaine de peintures récentes ainsi qu’un ensemble d’oeuvres graphiques inédites accrochées dans le STUDIO ROOM de la galerie.


A cette occasion, un catalogue a été publié aux Editions Analogues avec le soutien du Centre national des arts plastiques, Ministère de la culture et de la communication (aide au premier catalogue). Il réunit des contributions de Denys Zacharopoulos, Pierre Giquel et Xavier Noiret-Thomé.


Pour la sortie du catalogue, une série de monotypes a été spécialement réalisée par l’artiste avec le soutien de l’ERBAN, Ecole régionale des Beaux-arts de Nantes


Depuis sa dernière exposition parisienne en 2007 à Culturesfrance, Philippe Caurant a renoué avec la peinture sur toile, abandonnant pour un temps sa technique sur papier photographique chromé pour laquelle il est connu. S’il atténue ainsi l’ambiguïté pourtant persistante qui existe entre sa peinture et la photographie, le retour au « tableau » per­met notamment à l’artiste de réaliser des oeuvres de plus grand format dont certaines tendent vers le monumental.


La galerie expose ainsi une grande toile de deux mètres sur trois, dont l’échelle immerge le visiteur dans une couleur et une lumière solaires particulièrement incandescentes, brulées presque, le plongeant dans un rapport d’intimité avec l’oeuvre. Jouant sur les épaisseurs de châssis, Philippe Caurant résout la question du rapport à l’architecture de l’exposition – préoccupation constante dans son travail comme en témoigne son oeuvre graphique - en éloignant le tableau de la cimaise qui la porte.


Ce retour au tableau en tant qu’objet permet également à l’artiste d’ancrer dans le registre du réel une peinture que l’on serait tenté de ranger du côté du sublime et de l’inattei­gnable. Rien ne serait plus faux. Nul artifice, ni aucune volonté de « tromper » l’oeil et l’esprit du spectateur en le transportant dans un univers cosmique ou métaphysique, ne motive le travail de cet artiste. Sa peinture nous situe résolument du côté du réel, révélant le grain de la toile dans la transparence de la résine, réservant des bandes blanches seule­ment recouvertes de gesso pour offrir à la peinture « une assise sur laquelle l’image peut se poser » comme le remarque le peintre Xavier Noiret-Thomé dans un entretien avec Philippe Caurant publié dans le catalogue de l’exposition.


Au final, le travail de Philippe Caurant n’a rien d’une image. Ses peintures sont de véri­tables tableaux, des objets réels sortis de l’atelier de l’artiste, fruit d’une alchimie aussi bien que d’un arrangement avec les contingences du réel, assumant les accidents ou les transformant, pour faire émerger de la peinture, non pas une quelconque forme de représentation, mais une as­piration dans laquelle il appartient à chacun de « savoir si le soleil se couche ou si le dormeur rêve, si le rayon lumineux vient de la porte ou s’il émane de notre re­gard, si la fenêtre donne sur la rue ou sur la cour et si le vide et le néant ont une couleur, une image, un regard… » (Denys Zacharopoulos).


En contrepoint aux peintures récentes, le STUDIO ROOM de la galerie expose pour la première fois une série de dessins numériques réalisés par l’artiste en 2003/2004. Imprimés sur des transparents rhodoïdes en tirage unique, ces images ont été dessinées à partir du logiciel de dessin industriel MAYA. S’y révèle une pré­occupation architecturale et graphique qui sous-tend le travail de Philippe Caurant de façon aussi inattendue que profondément cohérente.