Isabelle Arthuis

16 Oct – 18 Dec. 2010

En affichant au rez-de-chaussée de la galerie deux photographies de cinq mètres sur trois et de deux mètres sur deux, Isabelle Arthuis place d'emblée le visiteur dans un rapport à l'image physique avant d'être seulement visuel. Ces images de rochers, éclairés d'une lumière qui ne révèle que les surfaces granites émergeant de la nuit noire de la mer, se perçoivent aussi bien comme des sculptures que comme des architectures au pied desquels le regard se perd sans recul possible dans les détails des aspérités de la roche, superposés à la trame du tirage offset. Etirant les formats jusqu'au monumental, Isabelle Arthuis induit une lecture quasi-fabuleuse ou fanstamagoriques de paysages minéraux énigmatiques, qui font tour à tour penser à telle peinture de Böcklin ou tel récit d'Herman Melville.

Dans la grande salle inférieure de la galerie, Isabelle Arthuis projette sous forme de triptyque un film au long cours réalisé littéralement « contre vents et marées » au cours des sept dernières années.
Commencé à Rio de Janeiro au Brésil en 2003, le projet se concentre sur des paysages nocturnes, puissamment éclairés par des projecteurs de 2.000 W et filmés en 16 mm au large de Rio dans les récifs de l'Océan Atlantique. Poursuivi, en numérique cette fois-ci, sur la côte bretonne de Locquemeau (Côtes d'Armor) et de la Torche (Finistère), le film se présente sous forme d'un triptyque en noir et blanc où les trois écrans se répondent tel un cadavre exquis pour construire une histoire naturelle aussi bien que fictionnelle, où des horizons houleux lointains répondent à des plans serrés sur des surfaces rocheuses, traversés de visages de pêcheurs brésiliens et bretons, entrecoupés de brusques sauts de plongeurs engloutis dans le noir abyssal et bouillonnant de la mer. « Les naufrageurs est une métaphore de la vie et renvoie aux mythologies marines. C'est un regard porté sur la mer, sur sa dimension infinie, tragique et fantastique ». (Isabelle Arthuis)
En regard de cette installation, Isabelle Arthuis a choisi d'isoler l'espace de la verrière pour y accrocher sous sa lumière zénithale une série d'une quinzaine de photographies tirées sur papier Barythé et réalisés parallèlement au tournage des films. Prises avec des temps de pose importants, atteignant parfois plusieurs minutes, ces photographies révèlent toutes les lumières de la nuit, imperceptibles à l'oeil nu, et bouleversent les repères et les échelles de la côte rocheuse, trompant le regard et la conscience pour les entraîner dans un naufrage noctambule.

Le film « Les naufrageurs » a été réalisé grâce à une bourse de la Délégation aux arts plastiques du Ministère de la culture et de la communication (Allocation de recherche et de séjour à l'étranger) avec la participation de Cécile Bourne, association Chooseone, Paris. Il a été tourné dans un premier temps au Brésil en collaboration avec l'Ecole de cinéma de Niteroi et le ministère de la culture Brésilienne ( Production : Capacete / Helmut Batista, Rio de Janeiro ; Assistants de production : Zaba Azevedo, Reinaldo Santana, Marcello Vasques). Le second tournage en Bretagne a bénéficié le soutien d'Itininéraires Bis / Galerie du Dourven et du STEMPEL à Bruxelles (Production : Didier Lamandé ; Cameraman : Michel Balagué, Preneur de son : Julie Brenta ; Assistant au tournage : Erwan Mahéo). La post-production a été faite à Bruxelles de STEMPEL (Julien Sigalas) avec Michel Balagué (montage image), Julie Brenta (montage son) et Loup Brenta (étalonnage).